Le scepticisme et l’action
Posté par Nao dans Philosophie le 12 janvier 2010
Dans un monde contemporain où la philosophie n’est plus qu’une pensée parmi tant d’autre, où règne la science et le développement technologique, il semble qu’un rappel aux fondamentaux de notre civilisation puisse être du meilleur acabit. En effet, la philosophie est aussi là pour penser la science, ainsi que pour penser l’homme dans son état tant passé que présent, ou même futur. Et dans toutes les pensées que les philosophes antiques ont su développer, on peut en trouver une en particulier qui permette, il me semble, cette démarche, une philosophie restée en marge, longtemps reniée, souvent ignorée, si peu reprise. Je veux bien sur parler ici du scepticisme.
Il faut de prime abord définir précisément ce qu’est le scepticisme en tant que philosophie antique, en l’éminçant d’ores et déjà et avant toutes choses des différentes connotations que ce mot a pris dans notre langage actuel. Car ce mot a bien été déformé, et sa définition dans nos discussions quotidiennes diffère de ce que défend l’école pyrrhonienne. Être « sceptique » de nos jours connote plus une certaine attitude de doute, de désenchantement, causé par la vie et ses aléas, voire même comme un désespoir face à l’angoisse existentielle, comme un dernier recours avant le suicide en quelque sorte. Or, lié une définition contemporaine à une philosophie antique n’est pas raisonnable, il semble donc falloir redonner à ce mot son premier sens avant de continuer notre questionnement.
En fait, l’attitude de doute que propose le scepticisme est à l’opposé même d’un tel désespoir, en effet, ce doute pyrrhonien se veut être une source de lucidité pour celui qui en use. Le scepticisme est, comme le définit bien le Que Sais-Je ?, « une sagesse qui refuse de s’abandonner au fanatisme des croyances et des dogmes », sagesse ayant pour seule ennemie la tyrannie, celle-ci rendant impossible son développement, le sceptique ayant besoin d’une liberté de raisonnement et de critique quant au monde qui l’entoure pour poursuivre sa recherche. Le scepticisme peut même être considéré comme une philosophie originale, tant son caractère est à la fois radical et paradoxal, dans la recherche de son but, qui reste le même que celui des autres philosophies antique : l’ataraxie et le bonheur qui s’en suit, obtenu grâce à des expériences de pensées et de vie. Cependant, et c’est là que Pyrrhon prît une autre voie, le sceptique ne chercha pas un critère de vérité qui soit générateur de certitude, permettant l’accomplissement de cet idéal, à l’instar des stoïciens ou d’Aristote, puisqu’il prôna une ataraxie obtenue par la lucidité, par une « incertitude assumée » (Que Sais Je ?). Ainsi, c’est en s’appuyant sur le vide que le sceptique génère son absence de troubles. Le scepticisme réclame donc un certain courage, une certaine abnégation, dans son refus de certitude, car il est plus qu’une philosophie du doute, le point majeur de sa démarche étant plutôt de faire fructifier le lien intimement entretenu entre doute et bonheur par la suspension du jugement, plutôt que le doute ontologique comme seul voie vers le bonheur.
Après cet éclaircissement, on comprend mieux les détournements qu’a subi la notion de scepticisme, son radicalisme et son originalité expliquant le fait qu’elle soit peu à peu, au court du temps, devenue l’ennemie des philosophes. En effet, ces derniers ont tous, par peur, évités le scepticisme par différents moyens, car ils n’étaient tout simplement pas capable de le réfuter : leurs doctrines ne peuvent fonder leurs certitudes que sur la croyance, c’est pourquoi ils l’ont toujours ignoré. Ainsi, Hume dira, dans son Enquête sur l’entendement humain, que « toute vie humaine périrait forcément, si les principes du pyrrhonisme devaient universellement et uniformément prévaloir. ».
Mais leurs critiques n’étaient pas sans fondements, car, en effet, la définition que nous venons de poser du scepticisme pose un problème majeur : celui de l’action. Comment, si le scepticisme est une philosophie du doute -qu’il soit une suspension de l’assentiment chez Pyrrhon, ou une éternelle reconduction du jugement chez les sceptiques modernes- le penseur sceptique peut il agir, sans que son action soit causée en raison ?
Aussi, nous tenterons ici de montrer que l’acte sceptique est bel et bien possible, et pour cela, nous développerons notre plan en trois axes :
I Qu’est ce qu’être sceptique ?
II Critique historique du scepticisme.
III De l’acte sceptique.
I. Qu’est ce qu’être sceptique ?
On essaiera, dans cette première partie, de définir précisément ce qu’est qu’être sceptique, en développant d’une part le mode de vie que Pyrrhon proposa et d’autre part la pensée sceptique en tant que telle, afin de tenter d’envisager la philosophie sceptique dans son ensemble, et ainsi de dégager les problématiques et les enjeux qu’elle engendre.
A. Du mode de vie de pyrrhonien
Afin d’envisager la philosophie sceptique, il faut de prime abord étudier la biographie de Pyrrhon, et par la même le mode de vie qu’il suggéra à ses contemporains, se dernier n’ayant rien écrit au cours de son existence, la principale source que nous ayons étant les anecdotes de Diogène Laërce sur la vie de Pyrrhon dans le livre 9 des Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres. Il faut bien sur garder à l’esprit lors de cette description du mode de vie de Pyrrhon, que les sources dont nous disposons sont loin d’être sures, et que ce parcours est probablement un mythe représentant le parcours idéal du philosophe sceptique.
D’origine modeste, Pyrrhon vécut d’environ 360 à 275 av. JC. Il grandit à Elis dans le Péloponnèse où il devient après sa formation un peintre relativement médiocre. Comme première influence qui l’amena vers le scepticisme, on peut suggérer une probable lecture d’Homère qui put lui donner une prise de conscience de l’inconstance des choses humaines, en particulier dans leurs sentiments ainsi que dans leurs comportements. Il faut d’autre part relever la période très spécifique pour la Grèce dans laquelle se fit l’apparition du scepticisme. En effet, la fin de l’hégémonie et de l’apogée d’Athènes marque une période trouble dans le monde antique, en particulier pour les gens de culture grecque. En effet, l’homme grec prend alors conscience de la taille du monde dans lequel il vit, qu’il n’est pas le seul être civilisé. Cette prise de conscience entraîne un renversement, ou plutôt une opposition des différentes valeurs tant la diversité culturelle sous le règne d’Alexandre est révélée aux Athéniens. Ce contexte a probablement beaucoup influé dans l’apparition du scepticisme, puisque il induit logiquement une nouvelle ouverture d’esprit, une nouvelle vision du monde pour le grec auparavant centré sur sa philosophie et sa culture se voulant vraie. Revenons-en à Pyrrhon. Celui-ci devient l’élève d’un philosophe proche d’Alexandre, Anaxarque, et on nous dit qu’il partit avec lui lors de la campagne d’Alexandre qui l’amena en Perse, où il fut instruit par les mages et jusqu’en Inde, où il rencontra les gymnosophistes, des ascètes (le scepticisme vient avant le stoïcisme), qui étonnèrent très probablement Pyrrhon dans leur sagesse et dans leur vision si détachée et si relativisée de l’existence. De retour à Elis, les témoignages dont nous disposons nous rapportent que Pyrrhon y vécut une vie simple et régulière en compagnie de sa sœur. Il y devint agnostique, niant qu’une chose puisse être vraie ou fausse, bonne ou mauvaise, et que nos actions étaient dictées par nos habitudes et les conventions classiques. On peut par ailleurs, à partir des anecdotes de Diogène Laërce, relever trois différents types d’états dans lesquels Pyrrhon évolua au cours de sa recherche personnelle de l’ataraxie, comparable à des exercices de vie :
-Premièrement une certaine ascèse, caractérisée par une insensibilité, une neutralité affective, un détachement des choses et des hommes, en témoigne l’exemple de Diogène qui relate la fois où, alors qu’il se promenait avec Anaxarque dans un marais, celui-ci tomba et Pyrrhon le laissa à son affaire, passant son chemin, comme si de rien n’était. D’autre part une certaine isolation lors de la conversation avec ses disciples, par exemple il pouvait continuer de discourir pour lui-même si on l’abandonnait au cours d’un dialogue. Mais encore, une neutralisation des représentations, à la manière de l’homme réellement libre, Pyrrhon ne tenait à aucune norme sociale. Enfin, on notera que l’ascèse n’est jamais totale selon lui, puisqu’il eut quelques rechutes de sensibilités : il s’énerva contre sa sœur une fois, et s’enfuit par peur d’un chien une autre fois. Diogène dit à cet égard que « le sceptique ne nie pas plus qu’il n’affirme, et ne récuse pas les apparences », il peut donc, comme tout homme, être pris par ses affects.
-Deuxièmement, une vie conformiste, montrant que le sceptique peut vivre à la manière des autres hommes, comme Sextus Empiricus l’écrit dans ses Esquisses pyrrhoniennes : « nous vivons en observant les règles de la vie quotidienne sans soutenir d’opinions, puisque nous ne sommes pas capable d’être complètement inactifs ». Cette vie se caractérise par une existence paisible dans la cité, Pyrrhon était chargé de fonctions sacerdotales, par exemple.
-Troisièmement, une vie comme véritable maître de philosophie, populaire dans sa cité, grand prêtre, ayant des disciples désireux d’apprendre de sa manière de vivre (Epicure admirait Pyrrhon), accompagné d’une sagesse quotidienne, ainsi Diogène Laërce nous rapporte que Pyrrhon « avait pris la vie pour guide ».
Cette description nous a permis d’éclaircir et de comprendre mieux le contexte de développement de la philosophie pyrrhonienne, essentielle si l’on veut appréhender la pensée sceptique dans son ensemble.
B. La pensée sceptique
Etudions plus précisément ce que nous pouvons dire de la pensée pyrhonienne au vu de son mode de vie. Pyrrhon renverse la question « qu’est ce que l’être » en s’interrogeant sur cette question même ainsi que sur son sens. Il y répond en concluant que cette question n’a pas de sens car elle présuppose l’être (à la manière de Descartes qui présuppose le je dans son cogito), sans admettre qu’il puisse ne pas y en avoir (ce qui n’est pas une négation, mais une relativisation). En découle ainsi un certain traitement non ontologique de la question de l’ontologie, une an-ontologie en quelque sorte, si l’on peut dire.
Cette neutralisation de la question ontologique fait déduire au sceptique une impossibilité de décider du champ épistémologique qu’il doit emprunter dans son questionnement, et donc l’amène à suspendre son jugement face à la connaissance. Cela ne signifie pas qu’il ne pense plus, bien au contraire, mais qu’il est amené à fabriquer comme un outil logique, lui permettant de se maintenir en permanence dans le doute et l’inconnaissance. Comment ? En cherchant, encore et toujours, lorsqu’il risque d’être séduit par une idée ou une sensation –ou tout autre chose- la raison contraire et ainsi, de cette manière, varier notre point de vue jusqu’à en revenir à un équilibre nous permettant de suspendre à nouveau notre jugement ; développant ainsi une certaine inconnaissance des choses.
Pour continuer notre étude, je vais citer Aristoclès, aristotélicien du IIe siècle après JC, parlant des écris de Timon, élève de Pyrrhon : « Nous nous devons de demeurer sans opinons, sans inclinaisons, sans agitation, disant sur chaque chose qu’elle n’est pas, ou bien ni qu’elle est ni n’est pas. A ceux qui se trouvent dans cette disposition, Timon dit qu’en découlera en premier lieu le silence, puis la quiétude ». Cette formule concentre la logique sceptique, sorte de mini-théorie des critères d’invalidation des énoncés pour statuer dans tout les domaines (ontologique, connaissance, éthique), représentant le schéma de la pensée sceptique. Sa fonction principale, lorsqu’on en use, consiste à détruire logiquement toute chose qui se voudrait véritable, universelle, ou encore déterminante. Toujours dans cette même optique de recherche de lucidité amenant le sceptique à l’ataraxie. Le scepticisme est donc une pensée paradoxale car il continue à penser malgré son relativisme. Ainsi, le sceptique ne se demande pas à quelle condition une connaissance est possible, il se demande à quelle condition elle ne l’est pas, dans un renoncement au savoir tranquillisant pour son âme.
Kierkegard dira que « c’est le paradoxe suprême de la pensée, que de vouloir découvrir quelque chose qu’elle-même ne peut penser ». La pensée est, dans cette optique, comme passion de sa propre perte, selon lui. La raison ne saurait constituer l’instrument d’une fondation rationnelle. Pourtant le sceptique ne cède pas à l’irrationalisme, car c’est la raison qui, allant au bout de ses possibilités, cerne ses propres limites et relativise son champ d’investigation. La raison se dessaisit elle-même comme mode de connaissance et exerce à vide sa logique comme principe purement critique.
On a donc une nouvelle façon de penser les questions et de s’accommoder de l’absence de réponse. De plus, pour le sceptique, la destruction de toutes les philosophies n’aboutit pas au renoncement philosophique. C’est une indifférence non pas à la philosophie, mais une indifférence philosophique. Ainsi, le sceptique met toutes les philosophies sur le même plan, ce qui permet finalement de les penser réellement telles qu’elles sont, plutôt que de céder à l’adhésion. D’une certaine manière, on peut dire que le sceptique sauve la diversité philosophique, en la sortant du dogmatisme.
La prétendue vérité affirmée par les philosophes sur le phénomène se renverse au profit de donner une vision externe de ce qu’est à proprement parler un discours philosophique. Ceux-ci apparaissent pour ceux qu’ils sont : une apparence des apparences. On a ainsi une série infinie de points de vues théoriques sur le monde, qui lui-même est fonction de la perception relative qu’on peut en avoir. A son tour le point de vue de Pyrrhon est un point de vue particulier, immergé dans la série des points de vue possibles -ainsi le sceptique dit pouvoir atteindre l’ataraxie par la suspension du jugement, mais il n’affirme pas que c’est la seule façon d’y arriver, ni qu’il l’a atteint véritablement. Mais, en travaillant aux marges de la philosophie, jusqu’au point où vacille son idéologie, le sceptique, ni dehors, ni dedans, peut mettre en évidence sa propre réversibilité, ainsi que celle des autres philosophies.
Maintenant que nous comprenons bien la pensée sceptique, tentons d’appréhender et d’expliquer les critiques qui lui ont été faites.
II Critique historique du scepticisme
Afin d’envisager un acte sceptique, il est d’autre part nécessaire de comprendre les critiques qu’historiquement les philosophes ont fait à la philosophie sceptique, la voyant comme un obstacle à l’agir. C’est ce que nous ferons, en envisageant d’une part la critique aristotélicienne, et d’autre part la critique rationaliste.
A. Critique aristotélicienne
Aristoclès, dans le même texte que celui que nous avons précédemment cité, critique ceux qui prétendent impossible une détermination éthique, sous prétexte qu’il n’y a pas de connaissance pour la fonder, en montrant que s’il n’y a pas de principe, il n’y a pas de conduite éthique possible, or de fait ceux qui critiquent la connaissance se comportent de manière éthique, ou en tout cas agissent en fonction d’une règle ; ils reconnaissent donc implicitement ce qu’ils rejettent explicitement, selon lui. On reconnaît ici une pensée aristotélicienne dans l’éloge du savoir, sensée être source de bonheur, que cette critique constitue. Cependant, il y a une erreur dans la réfutation d’Aristoclès, en effet, c’est l’indifférence qui rend possible l’ataraxie, et pas l’ataraxie qui en a besoin. De fait, on peut interpréter le scepticisme comme réponse de Pyrrhon à Aristote (il grandit pendant l’apogée du Lycée aristotélicien).
Pour Aristote, la pensée est fondamentalement pensée qui pense, c’est-à-dire qui ne pense pas à rien, mais qui pense à ce qui est. Ce que Pyrrhon a probablement voulut mettre en cause, c’est l’idée d’être que présuppose Aristote, lorsqu’il prétend qu’on pense à ce qui est.
Cela montre que le scepticisme ne se limite pas à une recherche éthique associée à l’imitation de la conduite exemplaire de Pyrrhon, mais prend très tôt la forme d’une réflexion structurée, en dépit de sa logique qui détruit par avance toute tentative de représentation systématique.
Cette critique de Pyrrhon rejette en fait l’idée d’Aristote du tiers exclu, qui dit que lorsqu’on a deux propositions contraires, si l’une est vraie, l’autre est forcément fausse, cette critique est primordiale car elle légitime le scepticisme et tend à montrer que même les fondements aristotéliciens ne sont pas justifiés.
B. Critique rationaliste
C’est à travers Descartes qu’il est facile de comprendre la critique rationaliste (on pourrait même dire l’ignorance du scepticisme par les rationalistes). Descartes est en effet le représentant d’un scepticisme modéré et constructif, méthodique, qui, à la différence d’un scepticisme radical ou pyrrhonien, repose sur l’usage volontaire du doute. Le doute de Descartes tend à surmonter l’incapacité à l’action que semble susciter le doute radical en en faisant un usage plus modéré, c’est-à-dire en le rendant plus raisonnable. Ainsi, en tant qu’il relève d’un choix intellectuel, le doute cartésien est antagoniste au doute pyrrhonien : il propose la raison comme mesure du doute, ce qui présuppose que la raison puisse passer outre en étant capable de prendre la mesure des choses dont elle doute, contrairement au scepticisme. Le doute cartésien, bien que radical dans l’idée, est modéré dans l’usage que Descartes en fait car il s’arrête la où il semble y avoir évidence et il renoue par cette voie avec la nature pour ainsi construire à partir de cette première connaissance.
Il ne faut donc pas confondre ces deux doutes : le doute cartésien se veut l’héritier de la philosophie socratique (en tant que le doute est moteur de la philosophie), car les confondre serait détruire le doute sceptique qui ne deviendrait qu’un moyen dans le but d’une fin qui serait l’adhésion ou la croyance, et non le doute.
Le doute sceptique se distingue du doute cartésien en ce qu’il est extrême, car rien n’est plus fort que ce doute, pas même la nature. Il est donc extrême, mais pas excessif car l’idée excès incluse l’idée d’une frontière entre l’excès et le non-excès, frontière que le sceptique ne prétendrait jamais fixer, bien entendu.
L’usage critique de ce doute s’entend donc d’une manière spécifique : la raison est critique en ce qu’elle est conduite à se détruire elle-même comme critère, à se défier d’elle-même, notamment dans ses mouvements susceptibles de la porter à justifier n’importe qu’elle jugement et n’importe qu’elle action. Cela signifie que dans la tradition pyrrhonienne, l’homme n’est plus un être dont la dignité repose sur l’exercice de la pensée rationnelle, qu’il ne doit pas fonder en raison son action pour prétendre à la vertu.
Ainsi, le sceptique a une autre expérience de l’évidence : le dogmatique a une expérience de l’évidence qui manifeste un ordre naturel, à la différence du sceptique qui a une expérience de l’évidence qui ne manifeste pas forcément un ordre naturel.
Maintenant que nous avons étudié les différentes critiques qui ont été faites au scepticisme, nous pouvons, en pleine connaissance de la pensée sceptique et des arguments que l’on a donnés contre elle, suggérer une conceptualisation de l’acte sceptique.
III De l’acte sceptique
Tentons maintenant ensemble de définir l’acte sceptique afin de montrer que le scepticisme n’est pas une philosophie vaine, pour cela nous verrons d’une part la nature de l’acte sceptique et d’autre part sa valeur.
A. Nature de l’acte sceptique
Le doute sceptique, contrairement aux préjugés, n’entrave pas l’action, mais la libère bel et bien. En effet, l’éthique sceptique libère l’action par l’acceptation de notre passivité. Ce n’est en effet pas sans fondement que le sceptique vit en observant les règles de la vie quotidienne, en s’attachant aux choses apparentes, « parce qu’il n’est pas capable d’être complètement inactif » comme le dit Sextus Empiricus. Le sceptique admet ici qu’il est, dans une certaine mesure (pas totalement), inactif, c’est-à-dire qu’il est humain, et que, comme tout homme, il est aussi mû par ses impressions, ses habitudes, ses affects, et qu’il a en définitive bien peu souvent l’initiative de l’action. Ainsi Montaigne déclare que l’homme est fait pour jouir et agir dans l’impuissance. En acceptant cette incapacité à avoir l’initiative, on peut bel et bien attribuer cette citation de Nietzsche dans Aurore à la parole d’un sceptique : « De tout temps l’humanité a confondu l’actif et le passif, c’est son éternelle bourde grammaticale ».
Le doute sceptique nous libère de la nécessité de délibérer et lève donc ce qui empêchait l’action. En effet, si l’on n’entrave pas l’action, celle-ci se fait d’elle-même, et, par cet intermédiaire, nous fait. Le sceptique ne vit pas pour un but ou une fin déterminée, le sceptique ne croit pas avoir de mission sur terre, le sceptique vit simplement pour vivre.
Le doute est angoissant s’il s’agit de délibérer sans fin, de se torturer l’esprit, même les sceptiques l’admettent. Le pyrrhonien, comme tout homme, a horreur d’un doute qui empêche le choix dans une situation où conjointement l’on doit choisir et effectuer ce choix au moyen d’une raison, dont on ne connait finalement pas la légitimité. Le sceptique ne cherche pas à s’affranchir du doute, mais à y couper court au moment opportun, et s’en tenir à l’action, même si elle s’effectue sans raison.
Il y a donc une part d’injustifié dans l’acte sceptique, et ce n’est pas un problème, car le sceptique sait que nous n’avons de compte à rendre à personne et que, de toute manière, nous n’avons que très peu l’initiative de l’action. En acceptant ce qui ne dépend pas de lui, le sceptique libère l’action d’un moi habituellement entravé par un jugement stérile et arbitraire.
Consentir à notre passivité c’est accepter que nous ne déterminons pas nos actes, que nous ne sommes pas la cause ontologique de tout ce qui nous arrive, et ainsi nous agissons de manière relâchée et nonchalante.
Le sceptique revient alors à une activité pure, libéré des chaînes causales ainsi que des carcans que sont le commencement et la fin de l’acte, et ainsi, à un banquet, le sceptique mangera de tout, et ne refusera pas de manger, contrairement à ce que l’on pourrait penser.
Peu importe la critique que l’on pourra donner à une telle facilité dans l’acte (amoral, inhumain…), cela ne prouvera pas qu’une telle action soit dépourvue de valeur.
B.Valeur de l’acte sceptique
On pourrait conjecturer alors que l’acte sceptique est un acte conformiste, dépourvu de toute éthique et de toute morale, dans une pente qui nous amènerait au nihilisme.
Il n’en est rien, en effet, se conformer aux coutumes ne va pas sans réflexion éthique, n’oublions pas que le sceptique pense, il ne fera donc pas que se conformer aux usages, il déterminera de quelle manière il faut les suivre. C’est dans la modalité de l’action et dans la manière dont il adhère à la vie éthique, que réside la force et la richesse de la pensée sceptique, qui se permet d’avoir le luxe d’une vision détachée et donc relativement globale des différentes manières dont elle peut agir.
Le sceptique est tout d’abord responsable de ses actes, en effet, tout en se gardant d’émettre un jugement critique sur les coutumes, il va tout de même faire usage de sa raison pour agir, mais pour combattre le dogmatisme de la critique. En effet, le sceptique va, au moyen de la raison, acquérir une conscience aigüe de son conditionnement (spatial, temporel, social…), et il sera ainsi capable d’envisager la responsabilité de sa position. Bien que cela puisse sembler trop modeste, il n’en est rien, car le véritable engagement du sceptique se situe dans sa capacité à mesurer son degré d’implication dans l’action et de le varier. De cela, le dogmatique en est incapable car il adhère totalement à sa cause, le sceptique, lui, pourra remettre sa position en question à n’importe quel moment puisqu’il connaît la contingence des évènements, et la causalité exogène qui détermine les évènements auxquels il est confronté.
L’acte sceptique a, d’autre part, une certaine valeur ataraxique. En effet, son attitude d’incroyance, lui permet de ressentir plus de tranquillité que de trouble, car étant donné qu’il ne croit pas en la vertu de son action, il ne sera pas tenté de la défendre ni de souffrir pour elle. Comme le sceptique est affranchi de toute croyance, il ne croit pas qu’il peut, tout en subissant la même action que l’homme ordinaire, la vivre mieux. Ainsi, la capacité à relativiser, à mettre les choses en perspective, permet au sceptique de prendre conscience du conditionnement qui lui fait ressentir telle ou telle chose comme bonne ou mauvaise, et finalement de mieux la supporter. Le doute rend donc la vie plus aisée car il déleste l’action et la croyance du poids des convictions.
En conclusion, la philosophie sceptique n’est absolument pas contradictoire ni paradoxale, elle permet en effet l’action, simplement envisagée d’un autre point de vue que celle du reste des dogmes, lui permettant une conscience affutée des évènements auxquels elle est confrontée, grâce aux bienfaits du doute.
On peut d’ailleurs se demander si l’acte sceptique, libéré de la causalité, n’est pas une sorte d’authentique acte humain criant de créativité et de vérité, puisque le sceptique, en pleine conscience de ses capacités ainsi que de l’influence du monde qui l’entoure, agit en conséquence, laissant libre court à la liberté dont il jouit, l’esprit tranquille.
-Nao-
Moments
Je marque ton retour d’un désir méconnu des connaisseurs inassouvis de puissance. J’avais marché mille ans. C’est en faisant cela que j’ai découvert l’improbable histoire de la femme mythique que je voudrais détruire pour pouvoir sentir la liberté d’être seul pour de bon. Machiavel et son renard, moi et mes traquenards, on se demande si c’est possible d’inventer.
-15/12/09
Quoi de neuf ?
-01/01/10
Coopérer à quoi bon si ce n’est pour détruire l’incapacité des petits riens à donner un parcours aux idées. Pourtant découvrir nos ressentis aiderait à appréhender ma réalité. Quel intérêt ? Contingence.
-05/01/10
Je suis un rien.
-
On doute souvent du vrai.
Mais qui doute du faux ?
-
Ne serions nous pas seulement cette série d’images comme celle qui défile dans le train ?
-
Une pellicule.
-Nao-
Déconstruction
Posté par Nao dans Ecriture, Philosophie le 7 novembre 2009
Je ne suis pas d’accord avec l’impromptue possibilité d’être un agile pédoncule oublié dans les tréfonds de mon con et tant que j’aurai envie d’écrire en anonymat je ne serai pas grand chose d’autre que l’utilité désincarnée du souffle rugissant des âmes de l’autre mer encore vierge de tout ressentiment contrainte encore une fois à croire le beau de l’homme comme un artifice incapable de cacher les pittoresques désirs de son inconscient dégueulasse marqué au fer rouge par sa perversité nonchalante et absolument délétère.
Aussi j’avancerai sans peur dans l’inconnu déjà connu car déterminé par leurs ardeurs, les nôtres forceront le futur à croire que je ne suis rien qu’un simple passant dépassant l’histoire de l’humanité puisque s’en foutant toujours éperdument.
Je ne serai indépendant que lorsque le clavier guidera mes doigts vers l’inespérée mélodie dissonante pouvant redonner une certaine Espérance en l’Homme.
Céline - Voyage au bout de la nuit
Posté par Nao dans La citation du jour le 31 octobre 2009
La scène se passe dans une boulangerie, le narrateur décrit une discussion entre clientes, après qu’une vendeuse ait proposé de leurs faire goûter des feuilletés
L’une d’elles refusa avec mille grâces, expliquant copieusement en confidence, aux autres dames, bien intéressées, que son médecin lui interdisait toutes sucreries désormais, et qu’il était merveilleux son médecin, et qu’il avait déjà fait des miracles dans les constipations en ville et ailleurs, et qu’entre autres, il était en train de la guérir elle, d’une rétention de caca dont elle souffrait depuis plus de dix années, grâce à un régime tout à fait spépcial, grâce aussi à un merveilleux médicament de lui seul connu. Les dames n’entendirent point être surpassées aussi aisément dans les choses de la constipation. Elles en souffraient mieux que personne de la constipation. Elles se rebiffaient. Il leur fallait des preuves. La dame mise en doute, ajouta seulement, qu’elle faisait à présent “des vents en allant à la selle, que c’était comme un vrai feu d’artifice… Qu’à cause de ses nouvelles selles, toutes très formées, très résistantes, il lui fallait redoubler de précautions… Parfois elles étaient si dures les nouvelles selles merveilleuses, qu’elle en éprouvais un mal affreux au fondement… Des déchirements… Elle était obligée de se mettre de la vaseline alors avant d’aller au cabinets”. C’était pas réfutable.
Ainsi sortirent convaincues ces clientes bien devisantes, accompagnées jusqu’au seuil de la pâtisserie aux “Petits Oiseaux” par tous les sourires du magasin.
-Nao-
Une page blanche
Une page blanche,
Sur tes hanches,
Je pourrai y écrire,
Toutes les vérités à dire.
Contempler les hommes,
Voir la stupidité,
Voir l’avidité;
Comprendre les hommes,
S’y voir en miroir,
Faire partie du lot;
Prendre peur des hommes,
Observer la complexité,
Dans l’adversité,
Déduire leur souffrance,
Haine du non-sens,
De la contingence;
Comprendre les hommes;
Comprendre ce monde.
Une page blanche,
Sur tes seins,
J’y mettrai mes mains,
Et de l’absurdité, je prendrai ma revanche.
-Nao-
Pensée du jour, bonsoir
Posté par Nao dans Philosophie le 30 juillet 2009
Une existence physique épanouïe est la cerise sur le gâteau d’une métaphysique ontologique intelligente.
Cependant, la physique seule est aussi utile qu’un vélo sans dérailleur : on ne peut avancer qu’en descente avec.
-Nao-
Le centre
Au mendiant noir des Halles
Au centre de la métropole grouillante
Gît un pôle multiculturel tel une porte battante
Où se croisent et se toisent toutes les ardoises
Stagnant dans un bonheur futile d’origine siamoise.
Au centre du centre, un souterrain abattu,
Laisse percevoir la masse des rues
Transportant en vitesse les points d’une allégorie sonique
Biaisant les conscients d’un désespoir cynique.
Ci-jaillit l’homme noir, une statue terne,
D’un regard fixant le néant, il nous berne;
Jaugeant nos aptitudes à comprendre la société
Il accuse sous forme de mendicité notre impiété.
Interrogeant l’avenir : nous sommes prêt à bâtir
L’impromptue possibilité d’une existence pouvant dire
Qu’elle croit l’homme
Comme tous uniques et non un multiple.
-Nao-
Une Trace
Le jeune homme, épuisé, jonchait, allongé au milieu d’une station service du périphérique lyonnais. Les heures précédentes, son pouce l’avait porté, sur plus de 400 kilomètres, tout au long de la nuit. À cet instant des secondes introduisant l’aurore, dans le silence assourdissant de la boutique, une chanson trottait. Le Cinéma, Nougaro. En réalité, autour de cet être perdu dans la contingence poétique de l’errance routière, il n’y avait que l’employée de la firme détenant cette essencerie, et le son, lancinant, harcelant, d’un jeu vidéo pour enfant qui proposait au jeune homme de venir y dépenser son argent, à intervalles régulières. Cette représentation de l’absurdité moderne ne déboussola pas l’auto-stoppeur, bien au contraire; celui ci vibrait en effet d’une intense ivresse faite de rêves, d’idées et de sens. L’errant était art dans cette jungle urbaine plus sauvage qu’humaine, l’errant, dans sa fougue, créait.
Songes érotiques, rêves-révolte, musiques aériennes, sons-sens poétiques et fantasmes de reconnaissance se mêlaient dans l’esprit du jeune homme, pour aboutir à cette beuverie solitaire.
Des heures, seul, absence de passage, sourire du corps étalé au sol affublé de pauses-clope régulières formèrent les moments suivants.
Tantôt, un homme commercial, attendri part cette jeunesse idéale, emmena le garçon vers de futurs voyages montagnards, refaisant ainsi le monde à travers la provocation de cet esprit déterminé mais néanmoins libre.
-Nao-
Remarques
(Accouchées un soir de Juin
Au centre du vide de la connaissance
Des quatres tours)
-Et s’il ne restait plus qu’un quart d’heure pour tout écrire ?
-Telle serait ma trace.
-L’objectivité peut être comparée au corps nu de la femme :
-Beauté
-Inaccessible
-Inhumain
-La subjectivité peut être comparée à l’âme de la femme amoureuse :
-Sensible
-Saisissable
-Humaine
-Les bibliothèques doivent émettre un parfum d’inachevé,
C’est pourquoi nous nous épuiserons toujours à les remplir.
-Le corps de la femme possède neuf portes, celle de l’homme, huit et demi;
A vous de juger.
-La poésie est-elle sexuelle ?
-Ou bien est-ce la sexualité qui est poétique ?
-Serais-je un jour poète ?
-Quelqu’un le sera t-il un jamais ?
-Les douceurs et les douleurs de l’existence m’aveuglent.
-Pourtant, je n’écris pas en braille.
-Pourtant, j’aime.
-Les vérités sont aussi facile à saisir que les pompons des manèges de notre enfance
-Les vérités sont comme des friandises : on les consomme, on jouit de leur goût sucré. Mais l’instant d’après elles sont déjà parties au loin, pourtant elles continuent toujours à nous porter.
-Hier, Jésus,
-Aujourd’hui, Picasso,
-Demain, si dieu le veut, Iris.
-Dernier conseil : n’oubliez jamais d’errer.
-Nao-
Sans illusions
A parcourir ces grands monuments,
Il m’arrive, parfois, de comprendre leurs tourments,
Ces gens qui cherchent sans cesse des perches,
Ces indigents qui n’existent point sans pêche.
Ils s’en vont de but en but mais zut !
Sans savoir que tout ces buts ne sont que des putes
Qui cherchent à les dépouiller pour un simple plaisir
Qui n’est pourtant qu’un désir facile à assouvir.
Quand on sait que tout cela est contingent,
Absurdité et angoisse disparaissent comme l’argent :
Nous sommes tous d’uniques machines qui avancent
Sans avoir besoin d’un moteur, tel l’enfance.
Tel l’enfance ! Qui se déplace sans savoir pourquoi,
Nous pouvons nous diriger autrement que dans l’émoi.
Et dès que l’on accepte le non-sens de l’existence
On peut enfin vivre sans ces faire-valoir rances
Qui nient et fuient ce grand néant des idées
Pourtant facile à maîtriser car élégant de simplicité.
Sans illusions,
Tout est clair et sans notions.
-Nao-
Commentaires récents