Une histoire que ma famille aime à raconter est la suivante : j’étais petite (peut-être deux ans), dans la maison de campagne de mes grand-parents. Il était de coutume que ma mère me mette mon bavoir avant de manger, et personne d’autre. Un jour ma grand-mère a rompu l’habitude et m’a mis elle-même le bavoir. J’ai pleuré et demandé que “maman le fasse”. Elle a refusé, évidemment. J’ai insisté, pas plus de succès. Alors je me suis levée, suis allée dans la pièce mitoyenne et me suis tapée la tête contre le mur, sans rien dire. Quand j’ai cessé, mon front saignait.
Je n’en rappelle pas mais il semblerait que c’était assez impressionnant. Mon premier échec, sûrement.
Ce qui est important dans cette histoire, je pense, est la portée de l’échec. Naturellement aujourd’hui, il me semble dérisoire, mais il ne l’était sûrement pas à l’époque, d’où la réaction plutôt violente.
Cette violence, elle n’est plus extérieure désormais, mais je la ressens toujours, à chaque échec, même mineur. C’est quelque chose en moi d’irrépressible.
Je crois que le problème est que je n’ai jamais vraiment rencontré que vrai échec. J’ai toujours réussi à l’école, en amitié, et maintenant en amour. J’ai eu le permis du premier coup. J’ai raté science po, parce que je savais que je n’y arriverai pas, alors j’ai rendu feuille blanche pour me dédouaner. Maintenant je peux dire que j’aurais très bien pu l’avoir. Échec contourné.
Sans doute mes parents ont-ils trop bien joué leur rôle de pare-vent en empêchant dès leur source l’origine de mes potentiels échecs. Maintenant, je ne supporte pas l’échec. Sous aucune forme. Je me rends malade pour des résultats de partiels dont je me fiche éperdument, je pourris la soirée des autres en boudant quand je perds à un jeu et j’assimile toutes les attitudes négatives des autres comme un échec de ma part.
Un jour, il faudra que je me mette tout ça au clair.
…
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Mister Blue.
27/03/2009 at 0:57 Permalink
Je m’identifie très bien à toi dans ce texte. Pas d’échec important non plus, et cette peur maladive d’échouer un jour, qui génère un stress pas possible. Avec des différences quand même : j’ai perdu un nombre incalculable de fois au démineur, pourtant je recommence à chaque fois (tu es bien placée pour le savoir!) .
Rigolo cette dernière phrase : “mettre ça au clair” avec juste en dessous une photo prise dans le noir : )
bisous, see you tomorrow
03/04/2009 at 1:14 Permalink
Moi je crois que le problème c’est pas l’échec, mais la réussite.
Si tu veux on peut se battre à Massive Stars Quizz je vais te montrer ce que c’est que de perdre /-) !